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UniversitéLiaisons et molécules12 minLeçon 6 sur 38

VSEPR / Gillespie

Formalisation AXₙEₘ, prédiction systématique des géométries. Cas pathologiques et limites.

Principe de la théorie VSEPR

La théorie VSEPR (Valence Shell Electron Pair Repulsion — Répulsion des paires d'électrons de valence) a été formalisée par Gillespie et Nyholm en 1957 à partir d'idées de Sidgwick et Powell. Son postulat central est simple :

Les paires d'électrons de la couche de valence d'un atome central se disposent dans l'espace de manière à minimiser leurs répulsions mutuelles.

La géométrie moléculaire résulte directement de cette minimisation.

Formalisme AXₙEₘ

On note la molécule AXₙEₘ où : - A = atome central. - X = atome ou groupe lié (paire liante comptée comme une entité). - E = paire libre (doublet non liant) sur A. - n + m = nombre de domaines électroniques (DE) total.

La géométrie des domaines électroniques (arrangement de Gillespie) dépend de n + m :

n + mArrangementAngles idéaux
2Linéaire180°
3Trigonal plan120°
4Tétraédrique109,5°
5Bipyramidal trigonal90° / 120°
6Octaédrique90°

La géométrie moléculaire (forme observée) ne compte que les positions des atomes X, pas des paires libres E.

Tableau AXₙEₘ → géométrie moléculaire
Tableau AXₙEₘ → géométrie moléculaire

Hiérarchie des répulsions

Les paires ne se repoussent pas toutes avec la même intensité. L'ordre décroissant des répulsions est :

E−E > E−X > X−X

Conséquences pratiques : - Dans NH₃ (AX₃E₁) : la paire libre comprime l'angle H−N−H de 109,5° à 107°. - Dans H₂O (AX₂E₂) : deux paires libres compriment l'angle H−O−H à 104,5°. - Dans SF₄ (AX₄E₁) : la paire libre occupe une position équatoriale (moins de répulsions à 90°). - Dans ClF₃ (AX₃E₂) : forme en T (deux paires libres équatoriales).

Cas pathologiques et limites

Molécules AX₅ et AX₆ : dans PCl₅ (bipyramidal trigonal), les positions axiales et équatoriales ne sont pas équivalentes — les liaisons axiales sont plus longues que les équatoriales.

Paires de liaisons multiples : une double ou triple liaison est traitée comme un seul domaine électronique dans VSEPR, mais elle occupe plus de place (répulsion plus forte) qu'une liaison simple. Dans SO₂ (AX₂E₁), l'angle O−S−O vaut 119,5° au lieu des 120° d'un trigonal plan : conformément à la hiérarchie E−X > X−X énoncée plus haut, c'est la paire libre qui comprime l'angle.

Limites de VSEPR : - Échoue pour les complexes de métaux de transition (nécessite la théorie du champ cristallin ou des OMs). - Échoue sur les hydrures lourds des groupes 15-16, dont les angles s'écartent franchement du tétraèdre prédit (H₂S : 92°, H₂Se : 91°, AsH₃ : 92°). - Prédit CaF₂, SrF₂ et BaF₂ linéaires en phase gazeuse, alors qu'ils sont coudés. - Ne donne pas de magnétisme, d'énergie de liaison, ni de spectres. - Les molécules de type AX₂ avec deux ligands très encombrants peuvent dévier du linéaire prévu.

Malgré ces limites, VSEPR reste un outil prédictif puissant et rapide pour les molécules légères des groupes principaux.

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