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UniversitéMéthodes spectroscopiques13 minLeçon 34 sur 38

Introduction à la diffraction X

Loi de Bragg, monocristaux et poudres, applications structurales (de l'ADN aux pérovskites).

Rayons X et interaction avec la matière cristalline

Les rayons X sont un rayonnement électromagnétique de longueur d'onde λ ≈ 0,5–2,5 Å (50–250 pm), comparable aux distances interatomiques dans les cristaux (liaisons C–C ≈ 1,54 Å, liaisons O–H ≈ 0,96 Å). C'est cette commensurabilité entre λ et les paramètres de maille qui rend la diffraction X possible.

Lorsqu'un faisceau de rayons X frappe un cristal, chaque atome diffuse le rayonnement de façon cohérente (diffusion de Thomson). Les ondes diffusées par les différents plans réticulaires interfèrent constructivement lorsque la différence de chemin optique est un multiple entier de λ — c'est la condition de Bragg.

Interférence constructive entre plans réticulaires (Bragg)
Interférence constructive entre plans réticulaires (Bragg)

Loi de Bragg

William Henry Bragg et William Lawrence Bragg ont établi en 1913 la relation fondamentale :

n λ = 2 d sin θ

où : - n est l'ordre de diffraction (entier positif, le plus souvent n = 1), - λ est la longueur d'onde des rayons X (Å), - d est la distance inter-réticulaire (distance entre deux plans (hkl) parallèles, en Å), - θ est le demi-angle de diffraction (angle de Bragg, en °).

La loi de Bragg permet de mesurer d à partir de λ connu et θ observé, ou de déterminer λ à partir d connu (monochromateur). Elle est valable pour toute longueur d'onde satisfaisant λ ≤ 2d (sinon sin θ > 1, impossible).

Pour les rayons X de laboratoire (tube Cu, K_α, λ = 1,5406 Å), la loi de Bragg est directement applicable à la majorité des espacements réticulaires (1–10 Å) des solides inorganiques et organiques.

Monocristaux vs. poudres

Diffraction sur monocristal (SC-XRD) :

Un monocristal (taille idéale : 0,05–0,5 mm) est monté sur un goniomètre. L'angle du cristal varie en 3D pendant l'acquisition (méthode ω-scan). On enregistre des taches de diffraction (réflexions hkl), dont les positions et intensités permettent de résoudre la structure cristalline complète (positions atomiques, paramètres thermiques, liaisons). La méthode de référence pour l'élucidation structurale de petites molécules organiques et de composés inorganiques.

Diffraction sur poudre (PXRD) :

L'échantillon est une poudre polycristalline. L'orientation aléatoire des cristallites fait que toutes les réflexions hkl sont simultanément présentes dans le faisceau diffracté. Le détecteur enregistre l'intensité en fonction de 2θ (diffractogramme) : chaque famille de plans donne un pic à son angle de Bragg. Applications :

  • Identification de phases cristallines par comparaison avec des bases de données (ICDD-PDF4+).
  • Quantification de mélanges (méthode Rietveld).
  • Mesure de la taille des cristallites (formule de Scherrer : τ = K·λ / (β·cos θ), où β est la largeur à mi-hauteur).
MéthodeAvantagesLimitations
SC-XRDStructure 3D complète, précision sub-ÅNécessite un monocristal de qualité
PXRDPoudre ordinaire, identification rapideMoins d'information structurale 3D

Applications structurales : de l'ADN aux pérovskites

Découverte de la double hélice (1953) : Les diagrammes de diffraction X sur fibres d'ADN obtenus par Rosalind Franklin (cliché 51) ont fourni les paramètres clés (pas de l'hélice 34 Å, diamètre 20 Å) que Watson et Crick ont utilisés pour construire le modèle double hélice. L'ADN-B a un espacement de 3,4 Å entre deux bases empilées, détectable à θ ≈ 13° pour λ = 1,54 Å.

Pérovskites ABX₃ : La structure pérovskite (ex. BaTiO₃, CaTiO₃, méthylammonium plomb iodide MAPbI₃) se détermine par PXRD. Le paramètre de maille a se mesure à partir des positions de Bragg, et les déformations (distorsion octaédrique TiO₆) sont quantifiées par affinement Rietveld. Les pérovskites halogénées sont au cœur des cellules solaires de troisième génération avec des rendements > 26 %.

Zéolithes et MOF : la diffraction X est indispensable pour caractériser les cages et canaux des matériaux poreux utilisés en catalyse et séparation.

Protéines : la SC-XRD (ou cryo-EM à haute résolution) fournit les coordonnées atomiques déposées dans la Protein Data Bank (PDB, > 200 000 structures). La résolution est exprimée en Å : à 2 Å les chaînes latérales sont visibles ; à 1 Å les positions d'hydrogène deviennent accessibles.

Diffractogramme PXRD d'une pérovskite halogénée (pics de Bragg indexés)
Diffractogramme PXRD d'une pérovskite halogénée (pics de Bragg indexés)

Synchrotron et développements récents

Les sources synchrotron (ESRF Grenoble, SOLEIL Paris) produisent un flux de photons X 10¹²× supérieur à un tube de laboratoire, avec λ accordable. Ils permettent :

  • La diffraction résolue en temps (suivi de transitions de phase en ms).
  • La diffraction anomale (MAD/SAD) pour déterminer les positions des métaux lourds en protéomique.
  • Le micro-faisceau (1 μm) pour étudier des monocristaux minuscules ou des grains individuels.

La diffraction électronique en transmission (TED) et la diffraction d'électrons 3D (3D-ED / MicroED) permettent de résoudre des structures à partir de cristaux de quelques centaines de nm, inaccessibles au SC-XRD classique.

Sécurité et aspects pratiques

Les rayons X sont ionisants. Les diffractomètres de laboratoire sont équipés de blindages intégraux et d'interverrouillages (coupure automatique à l'ouverture). Les doses reçues en usage normal (enceinte fermée) sont négligeables. Les synchrotrons nécessitent des enceintes bétonnées et un badge dosimétrique.

Pour préparer un échantillon PXRD : broyer finement (< 10 μm), charger dans un porte-échantillon (lame de silicium ou capillaire Lindemann), minimiser l'orientation préférentielle.

Ressources liées