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UniversitéMéthodes spectroscopiques16 minLeçon 32 sur 38

RMN ¹H et ¹³C

Déplacement chimique, couplage scalaire, intégration. Stratégie d'attribution complète d'un spectre.

Principe physique de la RMN

La Résonance Magnétique Nucléaire (RMN) repose sur le moment magnétique de spin nucléaire. Les noyaux de spin I ≠ 0 (¹H, ¹³C, ¹⁹F, ³¹P…) se comportent comme de petits aimants. Placés dans un champ magnétique statique B₀, leurs spins se distribuent en 2I+1 niveaux d'énergie ; pour I = 1/2 (¹H, ¹³C) il y a deux niveaux α (parallèle, énergie basse) et β (antiparallèle).

La différence d'énergie ΔE = h·γ·B₀ / (2π) où γ est le rapport gyromagnétique. Pour ¹H à 11,7 T (500 MHz), ΔE correspond à un photon de radiofréquence (~500 MHz). Une impulsion RF à 90° bascule l'aimantation dans le plan transversal ; sa précession libre (FID) est enregistrée puis transformée en spectre par transformée de Fourier.

Le champ B₀ n'est jamais perçu directement par le noyau : les électrons du nuage périphérique l'écrantent partiellement, ce qui engendre le déplacement chimique δ.

Schéma de précession de spin et acquisition FID → spectre
Schéma de précession de spin et acquisition FID → spectre

Déplacement chimique δ

Le déplacement chimique est défini par :

δ (ppm) = (ν_échantillon − ν_TMS) / ν_spectrométre × 10⁶

La référence universelle est le tétraméthylsilane (TMS), δ = 0 ppm. Le ppm est sans dimension et indépendant de la fréquence du spectromètre, ce qui rend les spectres comparables entre instruments.

Environnement ¹Hδ (ppm)
TMS0
Alkyle (–CH₃, –CH₂–)0,8–2,0
Allylique/propargylique1,6–2,6
α de C=O2,0–2,7
Éther (O–CH)3,3–4,5
Vinylique (=CH–)4,5–6,5
Aromatique6,5–8,5
Aldéhydique (CHO)9,0–10,5
Carboxylique (COOH)10–12

En ¹³C, les déplacements couvrent 0–220 ppm : alkyles (0–50), alcènes/aromatiques (100–160), carbonyles (160–220 ppm).

Couplage scalaire (J)

Les protons géminaux et vicinaux se couplent via les électrons des liaisons (mécanisme scalaire, ³J le plus souvent). Le couplage se manifeste par une division du signal : un proton H_A couplé à n protons équivalents H_X donne un multiplet de (n+1) raies de rapport binomial (règle n+1). Exemples : doublet (d, n=1), triplet (t, n=2), quadruplet (q, n=3).

La constante de couplage ³J (en Hz) dépend de l'angle dièdre φ selon l'équation de Karplus :

³J ≈ A cos²φ − B cos φ + C

Valeurs typiques : ³J_trans (alcène) ≈ 12–18 Hz ; ³J_cis ≈ 6–12 Hz ; ³J (cyclohexane axial-axial, φ ≈ 180°) ≈ 10–13 Hz. L'analyse des constantes J permet de déterminer la stéréochimie.

Le couplage en ¹³C–H est souvent supprimé par découplage des protons largebande (BBD) : on obtient un spectre découplé où chaque carbone donne un singulet. L'expérience DEPT (Distortionless Enhancement by Polarisation Transfer) distingue CH, CH₂ et CH₃ des quaternaires (C absent en DEPT).

Intégration et rapport H

En ¹H RMN, l'aire intégrée d'un signal est directement proportionnelle au nombre de protons qui contribuent à ce signal (à condition d'utiliser un délai de relaxation suffisant, D1 ≥ 5·T₁). L'intégration relative permet de dénombrer les H équivalents par groupe.

Exemple : l'éthanol CH₃CH₂OH donne trois signaux d'intégrales 3:2:1 (CH₃ : CH₂ : OH). L'OH peut être large ou échangeable (disparaît avec D₂O, "D₂O shake").

Stratégie d'attribution complète

L'attribution systématique d'un spectre ¹H/¹³C obéit à la séquence :

1. Formule brute et degré d'insaturation (DI = (2C + 2 + N − H) / 2). Un DI élevé oriente vers aromatique ou carbonyle. 2. ¹³C DEPT : inventorier les types de carbone (CH, CH₂, CH₃, C quat.). 3. ¹H δ et intégrations : identifier les groupements caractéristiques. 4. Multiplicités et J : chaîner les fragments (CH₃ triplet → CH₂ voisin). 5. Corrélations 2D (COSY, HSQC, HMBC) pour les molécules complexes : COSY relie H–H vicinaux ; HSQC relie H directement à C ; HMBC relie H à C à 2–3 liaisons.

Carte HSQC schématique : corrélations ¹H–¹³C directes
Carte HSQC schématique : corrélations ¹H–¹³C directes

Aspects pratiques et solvants deutériés

Les spectres sont enregistrés en solvants deutériés pour éviter le signal massif du solvant protoné. Les solvants courants et leur signal résiduel : CDCl₃ (δ_H = 7,26 ; δ_C = 77,0), DMSO-d₆ (δ_H = 2,50 ; δ_C = 39,5), D₂O (δ_H = 4,79). Le signal résiduel est souvent utilisé comme référence interne quand le TMS n'est pas ajouté. La concentration usuelle est 10–50 mg dans 0,6 mL de solvant ; un excès de soluté dégrade la résolution par viscosité.

Ressources liées