Du cristal à la chimie du solide
La chimie du solide (ou chimie de l'état solide) s'intéresse à la structure, la synthèse et les propriétés des matériaux cristallins et amorphes. À l'échelle atomique, un cristal est un arrangement périodique tridimensionnel d'atomes, d'ions ou de molécules. Cette périodicité est la clé de presque toutes les propriétés physiques : conductivité électrique, optique, mécanique.
La cristallographie aux rayons X (DRX) est la technique reine pour élucider les structures à l'échelle atomique. Depuis la diffraction par von Laue (1912) et la loi de Bragg (1913), des milliers de structures ont été résolues, des minéraux aux protéines.
Réseaux de Bravais — les 14 structures fondamentales
Un réseau de Bravais est l'ensemble de tous les points d'un cristal périodique, défini par trois vecteurs de base a, b, c et les angles α, β, γ. Il existe exactement 14 réseaux de Bravais regroupés en 7 systèmes cristallins :
| Système | Conditions | Exemples |
|---|---|---|
| Cubique | a = b = c, α = β = γ = 90° | NaCl, Fe, Cu |
| Tétragonal | a = b ≠ c, α = β = γ = 90° | SnO₂, TiO₂ |
| Orthorhombique | a ≠ b ≠ c, α = β = γ = 90° | BaSO₄, olivine |
| Hexagonal | a = b ≠ c, α = β = 90°, γ = 120° | Graphite, ZnO |
| Rhomboédrique | a = b = c, α = β = γ ≠ 90° | Calcite, Al₂O₃ |
| Monoclinique | a ≠ b ≠ c, α = γ = 90° ≠ β | Gypse, sucrose |
| Triclinique | a ≠ b ≠ c, α ≠ β ≠ γ | Feldspaths |
Les 14 réseaux intègrent les modes de centrage : primitif (P), faces centrées (F), corps centré (I), bases centrées (C).

La maille élémentaire et ses paramètres
La maille élémentaire (unit cell) est le plus petit parallélépipède qui, par translation répétée, reproduit tout le cristal. Ses caractéristiques :
- Paramètres de maille : a, b, c (Å ou pm) et α, β, γ (°).
- Atomes par maille : un atome au coin compte 1/8, sur une arête 1/4, sur une face 1/2, à l'intérieur 1.
- Compacité (taux d'occupation) : pour CFC τ = π/(3√2) ≈ 74,0 % ; pour CC τ = π√3/8 ≈ 68,0 %.
Exemple : le chlorure de sodium (sel gemme, NaCl) cristallise dans un système cubique faces centrées avec alternance Na⁺ / Cl⁻. La maille contient 4 paires NaCl (a ≈ 5,64 Å, indice de coordination 6:6).
Indices de Miller — notation des plans et des directions
Les indices de Miller (h k l) décrivent une famille de plans cristallins équidistants. La procédure : 1. Déterminer les intercepts du plan sur les axes a, b, c (en unités de maille). 2. Prendre les inverses. 3. Réduire à des entiers premiers entre eux.
Par convention, un indice négatif s'écrit avec une barre : h̄ (prononcé "h barre").
La distance inter-réticulaire d_{hkl} d'un réseau cubique de paramètre a est :
1 / d²_{hkl} = (h² + k² + l²) / a²
La loi de Bragg relie cette distance à la longueur d'onde λ des rayons X et à l'angle d'incidence θ :
n λ = 2 d sin θ
Un diffractogramme (spectre DRX) est une série de pics à des angles 2θ caractéristiques qui permet de remonter aux paramètres de maille et à l'identification de phase.
Structures types — du NaCl aux semi-conducteurs
Structure NaCl (sel gemme) : réseau CFC de Cl⁻ dans lequel Na⁺ occupe tous les sites octaédriques. Indice de coordination 6. Retrouvée dans MgO, FeO, NiO.
Structure CsCl : réseau cubique simple de Cl⁻, Cs⁺ au centre. Indice 8:8. Retrouvée dans CsBr, CsI, certains alliages.
Structure fluorine (CaF₂) : réseau CFC de Ca²⁺, F⁻ dans tous les sites tétraédriques. Indice 8:4. UO₂ présente la même structure.
Semi-conducteurs : le silicium et le germanium cristallisent dans la structure diamant (réseau CFC, chaque atome en site tétraédrique). La largeur de la bande interdite (gap) Eg détermine les propriétés électroniques : Si Eg = 1,12 eV, Ge Eg = 0,67 eV. Le dopage n (P, As) ou p (B, Al) introduit des porteurs de charges contrôlés.

Défauts cristallins et propriétés
Un cristal réel n'est pas parfait. Les défauts ponctuels (Schottky : lacune cationique + lacune anionique ; Frenkel : ion déplacé en site interstitiel) influencent la conductivité ionique (piles, batteries). Les dislocations (défauts linéaires) gouvernent la plasticité des métaux.
Le chlorure de sodium contient typiquement ~10¹⁷ défauts de Schottky par cm³ à température ambiante — ce qui explique une conductivité ionique non nulle même à l'état solide.