Chimie aromatique
L'aromaticité est l'une des propriétés les plus fondamentales de la chimie organique. Les composés aromatiques présentent une stabilité thermodynamique exceptionnelle et des réactivités caractéristiques, notamment la substitution électrophile aromatique (SEA).
Critères d'aromaticité : règle de Hückel
Un cycle plan monocyclique est aromatique s'il satisfait les quatre critères de Hückel :
1. Plan et cyclique : tous les atomes du cycle sont dans le même plan. 2. Entièrement conjugué : chaque atome possède une orbitale p perpendiculaire au plan. 3. Règle (4n+2) : le nombre d'électrons π du système est 4n+2 avec n entier (0, 1, 2, …). 4. Doublet ou lacune délocalisés : les hétéroatomes (N, O, S) peuvent contribuer leur doublet non liant.
| Système | Électrons π | n | Aromatique ? |
|---|---|---|---|
| Benzène (C₆H₆) | 6 | 1 | Oui |
| Cyclopentadiényl anion (C₅H₅⁻) | 6 | 1 | Oui |
| Cycloheptatriényl cation (tropylium, C₇H₇⁺) | 6 | 1 | Oui |
| Cyclobutadiène (C₄H₄) | 4 | — | Antiaromatique |
| Pyridine (C₅H₅N) | 6 | 1 | Oui (N contribue 0 e⁻ π, doublet dans le plan) |
| Pyrrole (C₄H₄NH) | 6 | 1 | Oui (N contribue 2 e⁻ π) |

Substitution électrophile aromatique (SEA) : mécanisme général
La SEA se déroule en deux étapes :
1. Formation du complexe σ (Wheland ou arénonium) : l'électrophile E⁺ attaque le cycle, brisant la délocalisation aromatique. On obtient un intermédiaire cationique à charge délocalisée sur le cycle (positions ortho et para par rapport au site d'attaque). 2. Restauration de l'aromaticité : une base (souvent le contre-ion) arrache un proton sur le carbone d'attaque, restaurant le système π.
Bilan : Ar−H + E⁺ → Ar−E + H⁺ (substitution, pas d'addition).
Réactions canoniques : - Nitration : HNO₃/H₂SO₄, électrophile NO₂⁺ (nitronium). - Halogénation : Cl₂/FeCl₃ ou Br₂/FeBr₃, électrophile X⁺ (halogénium activé par l'acide de Lewis). - Sulfonation : H₂SO₄ oleum, électrophile SO₃. - Alkylation de Friedel-Crafts : R−X/AlCl₃, électrophile R⁺. - Acylation de Friedel-Crafts : R−COCl/AlCl₃, électrophile RC≡O⁺ (acylium).
Effets directeurs des substituants
Les substituants présents sur le cycle orientent l'électrophile entrant et activent ou désactivent le cycle :
| Type de substituant | Effet sur le cycle | Orientation |
|---|---|---|
| Donneurs σ et π (−OH, −NH₂, −OR, −alkyle) | Activant | ortho/para |
| Halogènes (−F, −Cl, −Br, −I) | Désactivants faibles (effet −I > effet +M) | ortho/para |
| Attracteurs d'électrons (−NO₂, −CF₃, −COOH, −CHO) | Désactivants forts | méta |
Raisonnement mécanistique : un substituant donneur stabilise les complexes σ ortho et para (charge sur les carbones portant le substituant) plus qu'il ne stabilise le complexe σ méta → produits ortho/para majoritaires.

Hétéroaromatiques
Le pyrrole et la pyridine illustrent deux cas opposés :
- Pyrrole : le doublet de N est dans le système π (aromatique 6π). C'est une base très faible (pKa du conjugué acide ≈ −3,8). La SEA est très rapide (cycle hyperactivé), prioritairement en position 2.
- Pyridine : le doublet de N est dans le plan (orbital sp²) — N est un substituant attracteur fort qui désactive le cycle. La SEA est lente et s'oriente en méta par rapport à N (position 3).
La chimie aromatique est omniprésente dans les colorants, médicaments, polymères conducteurs et matériaux fonctionnels.