Qu'est-ce qu'un mécanisme réactionnel ?
Une équation bilan — comme A + B → C + D — résume le résultat global d'une réaction, mais ne dit rien sur comment les liaisons se forment et se brisent. Un mécanisme réactionnel décrit la séquence d'étapes élémentaires par lesquelles les réactifs se transforment en produits. Chaque étape implique un réarrangement d'un petit nombre de liaisons simultanément.
Comprendre les mécanismes, c'est passer de la mémorisation de réactions à la prédiction de nouveaux produits. C'est le cœur de la chimie organique universitaire.
Les flèches courbes
La notation principale des mécanismes utilise des flèches courbes (ou flèches mécanistiques) : - Une flèche en arc (→ avec double pointe du côté de la flèche) représente le déplacement d'une paire d'électrons (deux électrons) d'une zone riche vers une zone pauvre en électrons. - Une flèche simple (à une seule pointe) représente le déplacement d'un seul électron (mécanisme radicalaire).
La flèche part toujours d'un doublet non liant (ou d'une liaison) et arrive vers un atome électrophile ou une liaison à rompre. Elle symbolise le mouvement d'électrons, pas d'atomes.

Intermédiaires réactionnels
Dans un mécanisme à plusieurs étapes, il se forme des intermédiaires — espèces à courte durée de vie qui ne figurent pas dans l'équation bilan.
| Intermédiaire | Description | Stabilité |
|---|---|---|
| Carbocation | Carbone portant une charge + (6 électrons de valence) | Tertiaire > secondaire > primaire |
| Carbanion | Carbone portant une charge − (8 électrons de valence) | Stabilisé par induction, résonance |
| Radical | Carbone avec un électron non apparié | Tertiaire > secondaire > primaire |
| État de transition | Maximum d'énergie sur la courbe de réaction | Pas isolable |
Les intermédiaires réactionnels se distinguent des états de transition : un intermédiaire correspond à un minimum local d'énergie (il existe brièvement) ; un état de transition correspond au maximum (il ne peut jamais être isolé).
Le mécanisme SN2
Le mécanisme SN2 (Substitution Nucléophile Bimoléculaire) est le mécanisme de base à maîtriser :
Réactifs : un halogénure d'alkyle R–X (X = Cl, Br, I) et un nucléophile Nu⁻ (OH⁻, CN⁻, Br⁻…).
Étape unique :
Nu⁻ + R–X → Nu–R + X⁻
Le nucléophile attaque le dos du carbone portant X (attaque en face arrière, 180° de X). La liaison Nu–C se forme simultanément à la rupture de la liaison C–X. Il n'y a pas d'intermédiaire : un seul état de transition (TS).
Caractéristiques : - Loi de vitesse de second ordre : v = k[R–X][Nu⁻]. - Inversion de Walden : si le carbone est asymétrique, la configuration passe de R à S (ou vice versa) — comme un parapluie qui se retourne. - Favorisé avec les halogénures primaires (encombrement faible) et les nucléophiles forts (CN⁻, HO⁻, HS⁻…).

SN2 vs SN1 : premier aperçu
La substitution peut aussi suivre un mécanisme SN1 (deux étapes : ionisation → attaque) qui passe par un carbocation. En SN1 : - Cinétique de premier ordre : v = k[R–X] (la concentration du nucléophile n'intervient pas). - Favorisé avec les halogénures tertiaires (carbocation tertiaire stable) et les solvants polaires protiques. - La stéréochimie est racémisée (mélange R et S).
Ce sera détaillé dans votre cours de L1 ou de prépa chimie.
Conseils pour construire un mécanisme
1. Identifier les sites riches en électrons (nucléophiles : doublets non liants, liaisons π) et les sites pauvres (électrophiles : charges +, carbone δ+). 2. Tracer les flèches courbes des zones riches vers les zones pauvres. 3. Vérifier la conservation des charges et du nombre d'électrons à chaque étape. 4. S'assurer que les intermédiaires obtenus sont raisonnables (pas de carbone pentavalent !).